JR a grandi à Montfermeil et a passé beaucoup de temps sur les marchés, où ses parents avaient un stand aux puces de Clignancourt. Il a étudié au lycée Stanislas avant de commencer sa carrière dans le graffiti à l’adolescence. Son pseudonyme représente les initiales de son nom (Jean René) et fait référence à J. R. Ewing, le personnage principal de la série américaine, Dallas. Il déclare que sa religion est le zoroastrisme, ironiquement pour souligner son attachement au multiculturalisme.

En 2001, alors qu’il trouve un appareil photo dans le métro parisien, il décide de parcourir l’Europe à la découverte de l’art urbain. Ce qui l’intéresse ? Les limites verticales, les murs et les façades qui structurent les villes. Et parfois qui les séparent. Au travers de regards et de visages photographiés, JR veut offrir à ces morceaux de laideurs un supplément d’âme. Son but : provoquer l’interrogation des populations locales sur le sens de l’œuvre. Et le sens du monde.

JR se définit comme un « artiviste urbain ». Après avoir été exposées dans les villes mêmes dont sont originaires les sujets de JR, les images voyagent de New York à Berlin, d’Amsterdam à Paris. Il est représenté par le galeriste Emmanuel Perrotin en France (rue de Turenne, à Paris), Hong Kong et New York, par Magda Danysz en Chine et par Simon Studer Art en Suisse. Lors de certaines expositions, il offre aux visiteurs leur portrait en poster grâce à une cabine photographique géante.

http://www.jr-art.net/fr/jr

Provoquer l’interrogation

En 2004, il réalise Portraits de Génération où les visages de jeunes de banlieue s’exposent en très grands formats. Un projet d’abord illégal qui a fini par séduire la ville de Paris. En 2007, il réalise Face2Face, avec Marc Berrebi, dit Marco. « La plus grande expo photo illégale jamais créée », d’après JR. D’immenses affiches de portraits d’Israéliens et de Palestiniens se font face dans huit villes du territoire et sur le mur qui les sépare. Les visages sont grimaçants ou hilares. Il a réalisé ce tour de force en collaboration directe avec les populations locales, cherchant à leur faire reconnaître vainement qui était l’ami de l’ennemi. Le film Faces, réalisé par Gérard Maximim, qui retrace l’épopée de ce projet, reçoit de nombreux prix.

JR - Ostbahnof, Berlin

JR – Ostbahnof, Berlin // photo juil 2013 @vidos – street-art-avenue

Femmes et vieillards sous l’objectif

Le projet « Women are Heroes » emmène JR dans un voyage aux quatre coins du monde à la rencontre des femmes, au cours de l’année 2008. Au Brésil, au Libéria, en Sierra Leone, au Kenya, il rencontre les femmes qui vivent au cœur des conflits, victimes de violence, et qui pourtant partagent avec générosité leur univers. Pour conclure le projet, JR en tire un documentaire qui est sélectionné au festival de Cannes en 2010 pour la Caméra d’Or. La même année, il part à la rencontre des anciens de Carthagène à qui il propose de participer à son projet « Les sillons de la ville ». Son objectif se fixe sur les rides des visages avec lesquelles il essaie de raconter l’histoire de la ville. Une ville qui parfois change plus vite que les marques du temps.

Belle de Mai - Marseille // JR

Belle de Mai – Marseille // photo © JR

En 2013, JR pose ses bagages à Times Square à New-York. Il invite les passants et les touristes à se faire tirer le portrait dans un photomaton et à coller leur image sur le sol. Une grande fresque humaine se construit peu à peu sous les pieds des New-Yorkais.

Celui qui a reçu le prix de la fondation TED à Long Beach en 2011 s’est vu offrir une dotation accompagnée d’une demande : « un vœu pour changer le monde ». S’il n’en est pas encore là, JR parvient pourtant à faire s’interroger les spectateurs de son art. Notamment sur leur capacité à regarder l’autre, à chercher à le comprendre pour accepter de vivre avec. Derrière ses initiales, ses lunettes noires et son allure à la Mathieu Kassovitz, JR continue de parcourir les routes du monde pour faire vivre son art, tout en cherchant à rester un anonyme de la rue.